Ingredients: Reformuler sans / Rethinking the formula

jus formule parfum

(Read the English version below)

Récoltes difficiles, inflation, interdictions réglementaires, problèmes géopolitiques : les matières premières naturelles obligent les parfumeurs à repenser sans cesse la formulation. Retour sur les solutions déployées par les fournisseurs de matières premières pour proposer des alternatives viables tant sur le plan olfactif qu’économique.

Pérenniser les filières

La réponse pour pallier les risques d’approvisionnement passe par un meilleur sourcing des plantes à parfum, avec une démarche de développement durable.

Autre défi : la concurrence sur les terres arables entre plantes à parfums et plantes nourricières. Pour éviter que les cultures ne soient abandonnées, les sociétés de composition signent des contrats long terme avec les agriculteurs.

Outre l’amélioration des techniques de récolte, les sociétés financent le replantage d’espèces, comme le fait Givaudan avec l’ylang à Moheli ou Quimdis avec le giroflier à Madagascar (25 000 arbres sur 5 ans fournis gratuitement aux villages pour garantir le renouvellement des ressources de l’essence de girofle). Pérenniser les récoltes passe aussi par des programmes d’aide sociale à l’attention des cultivateurs, tel le financement de routes ou d’écoles.

R&D : être force de proposition

Les sociétés d’ingrédients ont recours à l’innovation, notamment quand les produits deviennent difficilement disponibles. Des techniques telles que le fractionnement, la distillation moléculaire ou la distillation sèche permettent de pallier les contraintes de prix fluctuants et d’allergènes. Actuellement, la tendance est à l’intégration de molécules captives dans des bases ou des essences refractionnées. Elles élargissent la palette du parfumeur et rendent les fragrances plus difficiles à copier. Autre nouveauté parmi les derniers lancements, l’Akigalawood de Givaudan est issu d’un processus enzymatique à partir du patchouli. Moins puissant que le patchouli, il se révèle plus fusant et épuré, une attente actuelle des marques en matière de naturels, au même titre que les fractions de vétiver − plus vibrantes et moins terreuses, ou d’ylang − plus suaves et moins crésolées.

La recherche répond parfois à des problématiques éthiques. Rares sont les marques à utiliser les ingrédients d’origine animale aujourd’hui, en dépit de leur impact olfactif. “La civette et le musc tonkin ne sont pas interdits mais plus personne ne souhaite les revendiquer aujourd’hui, explique Isabelle Fritsch, parfumeur chez Synarome. Pour y remédier, nous avons une véritable expertise sur les substituts aux matières animales, comme le Muscarome, une note chaude typée fourrure et daim”. Chez IFF, l’animalité est apportée par un nouveau captif fruité original, le Tropicalia.

Reformuler sans

Reformuler trouve le plus souvent une raison réglementaire, obligeant à revoir d’anciennes formules de parfums. Mais la fine fragrance est loin d’être la seule impactée par une réglementation de plus en plus stricte. “La reformulation olfactive concerne également le secteur cosmétique, rappelle Caroline Malléjac, parfumeur chez Sozio. Et pour certains types de produits, comme les lingettes démaquillantes ou les produits pour bébés, les briefs des clients vont au-delà des réglementations Ifra”.

Au-delà des naturels (mousse, rose…), les synthétiques sont également concernés. Après le lyral, aujourd’hui interdit, le lilial est fortement réglementé. La note, typée muguet, apporte un éclat particulier. “Il n’a pas vraiment d’équivalent, confie Irène Farmachidi, parfumeur chez TechnicoFlor. Je le remplace par un assemblage personnalisé de différentes molécules”. Chez IFF, deux nouveaux captifs répondent à cette attente de transparence : le Starfleur, typé muguet, et l’Aquaflora, plus humide. Pour les naturels retravaillés, comme pour les nouvelles molécules, le challenge est de trouver des alternatives aussi performantes sur le plan olfactif.

Une demande en naturels en progression

La moindre disponibilité des essences est aussi liée à la concurrence d’autres produits de grande consommation. La forte croissance de la cosmétique naturelle entraîne une hausse de la demande en huiles essentielles. Quant aux marques de détergence et lessives, elles sont autant demandeuses de naturels, tels l’orange, l’eucalyptus, le patchouli… “Même si la formule en contient peu, les volumes peuvent être très importants, ce qui peut avoir une influence importante sur la disponibilité mondiale d’un ingrédient”, explique Hervé Fretay, de Givaudan.

Dans un marché mondial en croissance, la parfumerie doit également faire face à une concurrence accrue du secteur alimentaire, gonflant les besoins en ingrédients naturels, comme pour la menthe très demandée en confiserie et en produits dentaires.

Et, c’est sans compter la situation chinoise. Une fois son marché cosmétique et alimentaire arrivé à maturité, estiment plusieurs sociétés interrogées, d’autres problèmes d’approvisionnement en naturels se feront sentir.

adaptation d’un article pour Expression Cosmétique, photo d’entête : formule de parfum JUS (Aesthete & Céline Ellena)

plantations iff givaudan

mécanisation des récoltes de narcisse en Lozère (IFF), plantation de vétiver en Haïti (Givaudan) / mechanisation of the narcissus harvest in Lozère, France (IFF), vetiver plantation in Haiti (Givaudan)

 

Between difficult harvests, inflation, geopolitical problems and even regulatory bans, natural raw materials are forcing perfumers to continuously rethink their formulations. Here we take a look back at the solutions raw material suppliers are adopting to offer viable alternatives in terms of both the olfactory and economic aspects.

Making networks sustainable

The solution to offsetting the risks associated with supply involves better sourcing of fragrant plants by means of a sustainable development approach.

Competition on arable land between fragrant plants and nutritive plants is another of the challenges with which perfumers are faced, and composition companies are in fact signing long-term contracts with farmers to prevent crops from being abandoned.

Beyond improvements in harvesting techniques, companies are also funding the replanting of species, as demonstrated by Givaudan with ylang in Moheli, or Quimdis with the clove tree in Madagascar (25,000 trees on 5 years supplied free of charge for local villages to ensure the renewal of clove essence resources). Making harvests sustainable also requires social aid programmes aimed at producers, such as funding for roads and schools, to be put in place.

R&D: adopting a proactive approach

Ingredient companies are coming to rely on innovation, particularly when it becomes difficult to get hold of certain products.

Techniques such as fractionation, molecular distillation and dry distillation help to overcome the constraints associated with fluctuating prices and allergens. The current trend is for incorporating captive molecules into refractionated bases and essences, which extend the perfumer’s palette and make it more difficult to copy a fragrance. Another of the new products that have featured among recent launches is Givaudan’s Akigalawood, produced from patchouli by means of an enzymatic process. Despite being less powerful than patchouli, it is nevertheless more punchy and minimalist, something that has become an expectation among brands where natural ingredients are concerned, such as more vibrant, less earthy vetiver fractions or smoother, low cresol ylang fractions.

Research in the field sometimes focuses on ethical issues, with very few brands now using animal ingredients, despite their olfactory impact. “Civet and Tonkin musk are not prohibited but no-one wants to say they use them these days, explains Synarome perfumer Isabelle Fritsch. We have developed significant expertise in the field of animal product substitutes, such as Muscarome, a warm fur or suede-like note, in an attempt to resolve this.” At IFF, meanwhile, the animalistic aspect comes courtesy of a new and original fruity captive ingredient in the form of Tropicalia.

Reformulating without certain ingredients

Formulas are more often than not reformulated for regulatory reasons, meaning that long-established fragrance formulas have to be reviewed, but the fine fragrance sector is not by far the only one that is affected by increasingly strict regulation. “Olfactory reformulation also concerns the cosmetics sector,” as Sozio perfumer Caroline Malléjac points out, and for certain types of product, such as make-up removal wipes and baby products, for example, clients’ briefs can exceed the boundaries of the Ifra regulations.

Beyond natural ingredients (moss, rose…), synthetic materials are also affected. Indeed, following in the footsteps of lyral, which is now prohibited, lilial is also heavily regulated. The lily of the valley-type note adds a certain touch of radiance to the fragrance. “There isn’t really an equivalent, explains TechnicoFlor perfumer Irène Farmachidi. I replace it with my own combination of different molecules.” At IFF, meanwhile, there are two new captive ingredients that meet this need for transparency, namely the lily of the valley-esque Starfleur and the more humid Aquaflora. The challenge, with both reworked natural ingredients and new molecules, is to find alternatives that perform just as well from an olfactory perspective.

Increasing demand for natural ingredients

The poor availability of essences is also linked to competition from other mass-consumption products, whilst the high rate of growth in the natural cosmetics sector is pushing up demand for essential oils. As for detergent and washing product brands, these, too, also require natural ingredients, such as oranges, eucalyptus and patchouli, among others. “Even if the formula contains only small amounts, volumes can be very large, which can have a significant impact on the global availability of an ingredient,” explains Hervé Fretay of Givaudan.

In a growing global market, the perfumery sector must also deal with increased competition from the food sector, which is boosting needs for natural ingredients such as mint – very commonly used in confectionery and dental products -, not to mention the situation in China.

Indeed, a number of the companies asked believe that, once its cosmetics and food markets have matured, other problems regarding supplies of natural ingredients will emerge.

adaptation of an article written for Expression Cosmétique, header photo: JUS fragrance formula (Aesthete & Céline Ellena)