La rose se métamorphose / The metamorphosis of rose-based fragrances

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(Read the English version below)

Jusqu’alors travaillée de façon très figurative, la rose revient sur le devant de la scène avec des créations aux caractères bien trempés, moins sages, et aux sillages plus segmentants.

Si elle semble plutôt familière – voire peu originale pour certaines consommatrices, la rose a pourtant signé de nombreux classiques de la parfumerie. Au fil du temps, elle a su se réinventer en proposant différentes facettes : poudrée dans Paris d’Yves Saint Laurent, fruitée dans Trésor de Lancôme, boisée dans le parfum signature de Stella McCartney… Plus récemment, My Burberry a choisi de traiter la rose à la façon d’un “jardin londonien après la pluie”.

Au-delà des thèmes du romantisme, du bouquet ou du jardin, certaines créations parviennent à se démarquer. De fait, ces dernières années, on sent comme un parfum de changement : la rose n’est plus la même.

Après une vague de “roses arabes” (ambrées, miellées, souvent associées au bois de oud), c’est une rose plus affirmée, moins attendue, et parfois même plus sombre qui s’approprie peu à peu les rayons des parfumeries.

En 2013, Miller Harris choisit de mettre l’accent sur les épices en créant Rose en Noir. La marque y ajoute également des notes de tabac, de patchouli… Déjà, l’idée d’un univers sombre autour de la rose apparaît.

Terry de Gunzburg entoure sa création Rose Infernale (2014) d’un nuage d’encens et l’épice de muscade. Un parfum “à l’élégance sulfureuse” imaginé avec l’aide de Michel Almairac. Le parfumeur est aussi le créateur de Chloé eau de parfum (2008), un grand succès féminin autour de la rose.

Nevermore (2014) de Frapin est une rose de cimetière réalisée par Anne-Sophie Behaghel. Dominée par une note d’oxyde de rose, la composition évoque une rose sur la tombe d’Edgar Allan Poe. Ultra segmentante, elle mêle épices, aldéhydes, lie de vin et bois. La rose avait jusqu’alors rarement été traitée sous un angle aussi obscur, pour ne pas dire explicitement funeste.

En 2014 également, Rosabotanica de Balenciaga évoque une rose “très végétale, enchantée et épicée”. Sur Grain de Musc, Denyse Beaulieu évoque ses “relents aromatiques, presque médicinaux”. Les notes vertes accentuées dans cette composition signée Olivier Polge et Jean-Christophe Hérault sont naturellement présentes dans la rose. Comme pour d’autres créations actuelles, on est ici dans l’extrapolation de facettes olfactives minoritaires de la rose.

Dans la même veine, la marque confidentielle Min New York a imaginé The Botanist (2014). Un floral boisé vert appuyé par les notes terreuses du vétiver (photo d’entête).

Par ailleurs, on observe le déploiement de roses plus acérées, comme c’est le cas avec Rose Cut d’Ann Gérard. La fragrance, développée par Bertrand Duchaufour, révèle des aspects métalliques en grande partie dus aux aldéhydes contenus dans la formule.

Convaincue par la multiplicité des facettes de la rose, la marque Dear Rose a fait le pari de décliner chacune de ses créations autour de celle-ci, en accentuant à chaque fois un aspect différent de la fleur.

Sous l’influence des marques de niche, la rose devient en somme plus underground. Sans doute aussi plus mixte. Dans la parfumerie d’ambiance, on constate également un intérêt pour des roses moins classiques.

Sauvage, sombre, impertinente… : les marques appréhendent “la reine des fleurs” sous un angle nouveau.

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So far, the use of rose in perfume soliflores was very figurative. But the flower comes back in fragrances with a strong character. Rose appears wilder, in more polarizing fragrances.

It may seem rather familiar – even boring for some consumers, but rose has yet signed numerous classics. Over time, we saw it develop several facets: powdery in Paris by Yves Saint Laurent, fruity in Lancôme’s Trésor, woody in Stella McCartney’s signature fragrance… More recently, My Burberry shaped a rose like “a London garden after the rain”.

Beyond the themes of the garden, the bouquet or Romanticism, some creations manage to differentiate themselves. In recent years, rose has changed.

After a wave of “Arab roses” (surrounded by amber, honey, often associated with oud wood), rose is more assertive. It’s a less expected, and sometimes even darker flower that gradually invades the shelves of perfumeries. In 2013, Miller Harris chose to focus on spices when they created Rose en Noir. The brand also added notes of tobacco and patchouli… The idea of a dark universe around the rose was there.

Terry de Gunzburg surrounds her creation Rose Infernale (2014) with incense and nutmeg. A “sulphurous and elegant” perfume imagined with Michel Almairac. The perfumer is also the creator of Chloé eau de parfum (2008), a big success in feminine fragrances with rose.

Nevermore (2014) by Frapin is a cemetery rose cretaed by Anne-Sophie Behaghel. Dominated by rose oxide, the composition evokes a rose on Edgar Allan Poe’s grave. Ultra polarizing, it mixes spices, aldehydes, wine lees and woods. The rose had hitherto rarely been treated in such a dark angle, if not explicitly macabre. Also in 2014, Balenciaga’s Rosabotanica evokes a “very green, enchanted and spicy” rose. On her website Grain de Musc, Denyse Beaulieu evokes “aromatic, almost medicinal effects”. The accented green notes of this composition designed by Olivier Polge and Jean-Christophe Hérault occur naturally in the flower. Here, as with other current creations, the minor olfactory facets of the rose were extrapolated.

Additionally, the confidential brand Min New York imagined The Botanist (2014). A floral woody green scent supported by earthy notes of vetiver (header photo).

Moreover, we can observe the deployment of sharper roses, Rose Cut by Ann Gérard for instance. The fragrance, developed by Bertrand Duchaufour, reveals metallic aspects largely due to the aldehydes contained in the formula.

Convinced by the multiple facets of roses, niche brand Dear Rose has opted to develop each of its creations around it, each time emphasizing a different aspect of the flower.

Under the influence of niche brands, rose becomes more “underground”. Probably also more unisex. In the home fragrances market, we also note a growing interest in less traditional roses.

Wild, dark, impertinent… brands shed new light on the “the queen of flowers”.