Fleurs blanches : la séduction réinventée / White flowers: reinventing the art of seduction

jasmin

(Read the English version below)

Nouveaux ingrédients, nouvelle écriture, les fleurs blanches évoluent grâce à l’inventivité des sociétés de composition. Vedettes de grands classiques de la parfumerie, elles continuent de séduire les marques et les consommatrices.

85 ans après Joy de Patou et ses 10 600 fleurs de jasmin par flacon, 30 ans après Poison et sa tubéreuse narcotique, les fleurs blanches évoquent à certaines consommatrices une parfumerie très classique, voire ancienne. Mais les marques ont su les retravailler sous un angle moderne ou inattendu. Comme le gourmand, une tendance très forte actuellement.

Il est vrai que les créations gourmandes aiment communiquer sur ces fleurs, gage de qualité, mais aussi d’une certaine naturalité de la formule. Black Opium (YSL), meilleur lancement de 2014, revendique ainsi l’utilisation de jasmin sambac et d’absolue fleur d’oranger. Gourmand lui aussi, Bonbon (Viktor & Rolf) communique sur une fleur d’oranger aux saveurs sucrées et un jasmin gorgé de soleil.

Le soleil justement est un mot fortement attaché à cette famille de fleurs actuellement. “Après l’opulence des années 80 et la transparence des années 90, les fleurs blanches évoluent davantage aujourd’hui vers un caractère solaire, suave, voire régressif ”, précise Sébastien Plan, parfumeur chez Cosmo International Fragrances.

Une tendance qui se traduit en 2015 dans Gentlewoman de Juliette has a gun, par un accord floral blanc − amande inspiré par la colle Cléopâtre. D’autres nouveautés misent sur le miel, comme Ilha do Mel (“Ile de Miel”) de la marque de niche Memo, avec des notes de jasmin et gardénia. Très présent en cosmétique actuellement, le miel devrait continuer à influencer les parfums.

Depuis quelque temps, la floralité solaire est accentuée, évoluant vers des notes frangipanier, tiaré, mais aussi monoï ou coco.

Si les parfumeurs s’entendent sur le fait que les fleurs blanches sont indémodables, deux d’entre elles marquent fortement les dernières créations : le jasmin et la fleur d’oranger. Note centrale de La religieuse de Serge Lutens, le jasmin s’associe à des notes boisées dans Paradiso de Roberto Cavalli et se fait plus pétillant dans Quatre de Boucheron.

Quant à la fleur d’oranger, elle s’invite tantôt sous la forme de l’absolue ou de l’essence − le néroli. Elle rayonne, associée à la lavande dans Knot de Bottega Veneta. Dans Love Story de Chloé, elle se fait douce, combinée au stephanotis, une fleur blanche aussi nommée jasmin de Madagascar. Jasmin et fleur d’oranger peuvent aussi être traités avec un angle plus opulent, influencés par le marché moyen-oriental, très porteur actuellement.

Chez les marques de niche, le néroli s’orientalise ainsi chez Comptoir Sud Pacifique avec Jardin Néroli, un voyage sur les rives du Bosphore. Chez la marque grassoise Au pays de la fleur d’oranger, il s’associe cette année au oud, avec Néroli Oud.

Parmi les fleurs blanches à suivre, le gardénia ne laisse pas insensible. “Le gardénia est une fleur qui pourrait revenir en force, confirme Alexandre Illan, parfumeur chez Düllberg Konzentra. C’est la fleur fétiche de nombreux couturiers. De plus, elle possède beaucoup de facettes : elle peut être réinventée sous un angle transparent ou à l’inverse opulent, voire chypré”.

Une idée qui a en effet inspiré Mathilde Laurent pour La Panthère de Cartier, un gardénia chypré à la facette animale. En 2015, La Panthère se décline en eau de parfum légère, twistée d’une touche solaire apportée par le tiaré. Le gardénia s’invite aussi dans Gardénia, parfum de la nouvelle ligne Les Essences d’Elie Saab.

L’avenir est aussi sans doute à des fleurs blanches plus masculines. Une tendance évoquée par Alexandra Monet, parfumeuse chez drom : “J’utilise la fleur d’oranger dans les parfums pour hommes. Dans un masculin, les fleurs blanches apportent de l’originalité, mais aussi de la puissance. C’est vraiment une clé intéressante pour la performance”.

Les parfumeurs ne manquent pas d’idées pour réinventer encore le registre des fleurs blanches.

adaptation d’un article pour Expression Cosmétique

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Néroli Oud (Au pays de la fleur d’oranger), Jardin Néroli (Comptoir Sud Pacifique), La Panthère Eau de parfum légère (Cartier), Ilha do Mel (Memo),Love Story (Chloé)

New ingredients, new interpretations, white flowers are certainly evolving thanks to the creativity of the composition companies that use them. As the stars of some of the greatest classics the perfumery industry has ever produced, they continue to appeal to brands and consumers alike.

85 years after Patou’s Joy and its 10,600 jasmine flowers per bottle, and 30 years after Poison and its narcotic tuberose, white flowers today represent a very classic, even bygone style of perfumery for some consumers, but various brands have managed to rework them with a modern or unexpected twist, such as the currently very strong trend for indulgence.

It is true that indulgent creations like to refer to such flowers, which are seen as a sign of quality and a certain naturalness in the formula. Black Opium (YSL), the best launch of 2014, for example, claims to use sambac jasmine and orange blossom absolute, whilst Bonbon (Viktor & Rolf), another indulgent fragrance, talks about orange blossom with sweet notes and sun-drenched jasmine.

The sun is, of course, something that is currently very strongly associated with this family of flowers. “Following the opulence of the 80s and the transparency of the 90s, white flowers are now taking on more of a smooth, solar, even regressive dimension,” explains Sébastien Plan, a perfumer at Cosmo International Fragrances.

This trend is reflected in Juliette has a Gun’s 2015 fragrance Gentlewoman in the form of a white floral-almond accord inspired by Cléopâtre glue. Other new creations, meanwhile, showcase elements of honey, such as Ilha do Mel (“Honey Island”) by niche brand Memo, with notes of jasmine and gardenia. Honey is in fact very popular in the cosmetics sphere at the moment and is expected to continue to influence fragrances for some time yet.

Recent years have witnessed an accentuation of the solar floral aspect of the fragrance as it moves more towards notes of frangipani and Tahitian gardenia, as well as monoi and coconut.

Whilst perfumers tend to agree that white flowers are truly timeless, two of them in particular feature heavily in the latest creations to reach the market, these being jasmine and orange blossom. A central note in La Religieuse by Serge Lutens, for example, jasmine is combined with woody notes in Paradiso by Roberto Cavalli and takes on a more effervescent representation in Quatre by Boucheron.

Orange blossom, meanwhile, is featured both in the form of an absolute and as an essence – neroli, bringing a touch of radiance to the fragrance when combined with lavender in Knot by Bottega Veneta. In Love Story by Chloé, meanwhile, it offers gentle notes combined with stephanotis, a white flower also known as Madagascar jasmine. Jasmine and orange blossom can also be formulated to create a more opulent feel, influenced by the currently booming Middle-Eastern market.

As far as niche brands are concerned, neroli is taking on an altogether more oriental dimension at Comptoir Sud Pacifique, its Jardin Néroli creation evoking elements of a journey along the banks of the Bosphorus, whilst Grasse-based brand Au Pays de la Fleur d’Oranger has this year combined it with oud to create Néroli Oud.

Among the white flowers to keep an eye on in the near future, gardenia is sure to make an impression. “The gardenia is one flower that could well make a great comeback, confirms Düllberg Konzentra perfumer Alexandre Illan. It’s the flower fetish of many a fashion designer, not to mention the fact that it is multi-faceted, meaning that it can be incorporated in a way that gives a sense of transparency or conversely to create an opulent, even chypre dimension.”

It was this concept that inspired Mathilde Laurent to create Cartier’s La Panthère, a chypre gardenia with an animalistic aspect. La Panthère is being developed in 2015 as a light eau de parfum with a solar twist in the form of tiaré flower (Tahitian gardenia), whilst the gardenia flower is also showcased in Gardénia, a fragrance from the new Les Essences line by Elie Saab.

There is undoubtedly a future for more masculine white flowers, too – a trend that has been observed by drom perfumer Alexandra Monet: “I use orange blossom in masculine fragrances because white flowers often bring an element of originality or even power to a male fragrance, which can be a real asset in terms of performance.”

Perfumers certainly appear to have plenty more tricks up their sleeves when it comes to further reinventing the register of white flowers.

adaptation of an article written for Expression Cosmétique