Acheter des parfums grâce aux logiciels de conseil : ça marche ?

Comment choisir un parfum parmi la très large offre que propose le marché ? C’est la question que se sont posées plusieurs parfumeries. Pour aider les consommateurs, elles ont imaginé de nouveaux outils de conseil plutôt ludiques. Test et décryptage.

Entre les nouveaux parfums, les éditions limitées et les flankers, il y a beaucoup de nouvelles fragrances qui arrivent sur le marché chaque année. Pas étonnant que les consommateurs aient du mal à se repérer dans les rayons des parfumeries. Marionnaud*, Sephora* et le jeune concept-store Nose proposent chacun un système de conseil ‘alternatif’ sur écrans tactiles.

Chez Marionnaud, le ScentLab se présente sous la forme d’une tablette ou d’un écran tactile mural. Le but est de répondre à 3 questions à la façon d’un portrait chinois, pour découvrir 3 parfums susceptibles de vous plaire. Puis, c’est une conseillère de vente qui prend le relais pour faire sentir les 3 fragrances proposées.

Nous avons fait tester ce logiciel. Aurélie** a répondu aux 3 questions : elle a choisi le feu comme élément, le shopping comme passe-temps et une grande ville comme destination. Le logiciel lui a proposé Opium d’Yves Saint Laurent, Amor Amor de Cacharel et Flowerbomb de Viktor & Rolf. « Curieusement, j’avais déjà porté deux des trois parfums proposés » précise-t-elle.

Ce n’est pas une coïncidence si les 3 fragrances recommandées font partie du portefeuille de marques de L’Oréal, puisque Marionnaud propose ce logiciel de conseil en partenariat avec le pôle luxe du groupe de beauté (Armani, Diesel, Lancôme…). Chez Marionnaud, « la tablette ne m’a pas été proposée spontanément, il a d’abord fallu demander, la trouver, puis l’allumer » continue Aurélie.

Le logiciel de conseil ScentLab, utilisé chez Marionnaud. A l’étranger, le ScentLab est proposé dans d’autres points de vente, comme les grands magasins Debenhams.

Chez Sephora, même principe, ou presque : un écran tactile multifonction est mis à disposition des consommateurs. Il permet d’obtenir des informations sur un parfum précis, de découvrir les nouveautés et les exclusivités de Sephora et surtout il joue le rôle de conseiller virtuel. Pour cela, il suffit d’indiquer le parfum que l’on porte habituellement.

Aurélie a fait le test pour 2 parfums, un féminin, et un masculin. Dans les 2 cas, il s’agit de produits qu’elle connaît bien, car elle les a déjà achetés, pour elle ou pour offrir.

Pour un homme qui se parfumerait avec Dior Homme, une composition boisée florale suave, le logiciel lui a proposé Allure Homme Sport (Chanel), un boisé plutôt aquatique, Bang (Marc Jacobs) une composition très épicée, Big Pony 4 (Ralph Lauren), un boisé aromatique frais facile à porter et Azzaro pour Homme Intense (Azzaro), une fougère boisée et ambrée. « Le résultat est décevant : les parfums proposés sont assez loin de Dior Homme » et de son iris au masculin. On aurait pu s’attendre en effet à une sélection de créations masculines aux facettes plus florales, voire plus orientales.

Et pour une femme qui aime se parfumer avec Hypnotic Poison ? Le logiciel lui a proposé Amor Amor (Cacharel), Angel (Thierry Mugler), Ambre (Réminiscence) et Allure (Chanel). La sélection est cette fois plus cohérente : trois des quatre parfums appartiennent à la même famille olfactive qu’Hypnotic Poison, celle des orientaux. Amor Amor est présenté par la marque comme une fragrance florale et fruitée mais elle est gourmande, comme le Dior, et son fond est finalement légèrement oriental aussi.

Conseil parfum sur panneau mural chez Sephora (photo : LSA.fr). Photo d’entête : outil créé par Scentsa.

Les marques de niche n’échappent pas à cette innovation. La boutique de parfums confidentiels Nose a mis ce ‘diagnostic parfum’ au cœur de son concept de vente. Toujours sous forme d’iPad (mais aussi en ligne sur le site nose.fr), le logiciel demande quels sont les 3 derniers parfums que l’on a portés, à classer du plus ancien au plus récent. Puis, le diagnostic en déduit les notes, ainsi que les familles olfactives, appréciées par le consommateur avant de recommander 5 fragrances.

Parmi les 3 essais que nous avons faits, le conseil de l’Ipad s’est révélé partiellement éclairé pour le premier, avec des suggestions de fragrances olfactivement différentes les unes des autres. « Cependant, j’ai apprécié que le test se base sur des goûts olfactifs plus que sur le style de vie. » raconte Aurélie.

Le second essai, effectué par Lisa** n’a pu être mené à son terme car le logiciel s’est bloqué après avoir renseigné les données personnelles et le personnel de vente n’était pas disponible. « Au bout de 10 minutes d’attente, j’ai fini par partir ».

Claudia**, qui a été effectué le troisième essai, ne s’est pas montré convaincue non plus. Elle raconte : « Honnêtement, je n’ai pas trouvé cette expérience exceptionnelle et l’accueil m’a surprise. J’ai mis les noms des parfums que j’utilise et j’ai obtenu 5 propositions, qui n’étaient pas toutes vraiment mon style. Mais je n’ai pas pu les tester, car j’ai été un peu abandonnée par le personnel. La parfumerie est belle, mais je m’attendais à avoir plus de renseignements sur les parfums et plus d’accompagnement. Pour avoir les échantillons correspondants à mon choix, il faut apparemment les commander sur internet. Mais j’étais déjà sur place et j’aurais pu les acheter. »

diagnostic olfactif proposé par Nose

En résumé, ces différents logiciels sont ludiques et suscitent l’intérêt. Cependant, ils ne peuvent remplacer un conseiller de vente qualifié et disponible.

D’autres expériences d’aide à la vente ont été menées avec des Ipad, notamment dans des parfumeries d’aéroports et dans certains grands magasins étrangers. Outre les entreprises du parfum, ces outils intéressent les marques de maquillage (application de maquillage virtuel).

On peut juger que ces outils sont encore perfectibles : mise à jour de la base de données, pertinence des questions posées, meilleures correspondances entre parfums, etc.

Toutefois, ces tablettes sont intéressantes, pour au moins 3 raisons. Elles peuvent contribuer à augmenter le temps passé sur le point de vente. A augmenter aussi la sensation de plaisir du consommateur lors de sa séance shopping. Et à séduire une clientèle plus jeune, très connectée, mais pas forcément à l’aise avec le modèle de vente des parfumeries traditionnelles. Voici donc des points importants, à un moment où les parfumeries sélectives cherchent justement à faire revenir des clients en magasins.

(*) disponible dans une sélection de magasins tests  (**) Les prénoms ont été modifiés.