M / Mink de Byredo : passerait-il les tests consommateurs ?

Métallique, animal, cuiré, sale : le parfum M / Mink de la marque de niche Byredo est une création… très spéciale. Le genre de fragrance qu’on adore ou qu’on déteste. Nous avons testé ce parfum en blind test auprès de 54 consommateurs. Et les résultats sont éloquents.

Si vous avez eu l’occasion d’essayer les parfums de la marque confidentielle Byredo, il y en a certainement un qui n’a pas manqué de vous interpeller. Lancée en 2010, M / Mink est une fragrance très particulière, et pour certains carrément dérangeante. A l’origine, la marque suédoise a souhaité s’inspirer d’une odeur d’encre. La trame est chyprée, cuirée, ambrée, relativement sombre. Mais l’adjonction de notes animales et d’adoxal (une molécule aux tonalités aldéhydées et humides) rend l’expérience très spéciale. Autant le dire tout de suite si vous n’avez pas (encore) senti M / Mink, on voit mal comment ce parfum passerait les tests consommateurs.

Alors, nous avons fait le test. Pour en avoir le cœur net, certes… Mais aussi pour voir ce que donnerait en test consommateurs un parfum qui, a priori, échouerait d’avance.

Protocole :

Le parfum a été testé sur un échantillon de 54 personnes (45 % d’hommes, 55 % de femmes). Le nombre, relativement modeste, ne permet pas une étude quantitative à grande échelle, mais certaines marques de cosmétiques testent leurs produits miracle sur un nombre de consommateurs parfois moindre.

Aucune de ces 54 personnes ne travaille dans l’univers du parfum et des cosmétiques : c’est une condition indispensable à la valeur du test effectué ici. C’est aussi la première question posée si on vous propose de participer à un test consommateur pour un parfum. Cela attristera peut-être les perfumistas et les blogueurs… Mais revenons à l’ovniesque M / Mink.

Les tests de ce parfum ont été effectués à Paris, lors de plusieurs sessions. Les tests se sont faits en intérieur, dans un lieu ouvert et ventilé. D’autres parfums ont été testés, comme vous pourrez le découvrir bientôt sur Parfums, Tendances & Inspirations.

Le parfum a été présenté en blind test, dans une fiole différente du flacon de la marque, et ce, sans nom. Pour ne pas orienter les testeurs, le parfum a par ailleurs été présenté comme un projet et non comme un produit fini déjà disponible dans le commerce.

M / Mink est né de l’association de Byredo avec le collectif de designers M/M. L’encre (‘ink’) est un axe clé du parfum, d’où le nom (M / M Ink). Mais il y a sans doute aussi un jeu de mots avec le vison (‘mink’). Photos: Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin en collaboration avec M/M.

Analyse qualitative :

Les consommateurs se sont vus poser plusieurs questions. Avec pour eux la possibilité de s’exprimer librement sur ce qu’ils pensaient du parfum. Et les résultats sont très intéressants, car rappelons-le, ce produit est bien disponible à la vente.

C’est un parfum perçu comme ‘étrange, avec une impression de rouille’. Pour d’autres, cela sent ‘le fer’, ‘l’acier’, ‘le métal’. 10 % des personnes intéressées ont spontanément répondu ‘ça pique’ ou ‘ça agresse le nez’. Plusieurs personnes ont parlé de ‘térébenthine’, d’odeurs ‘de produit pour le parquet’, de ‘cire pour les meubles’, de ‘peinture à l’huile’.

Pour plusieurs personnes, le registre olfactif est celui de l’armoire à pharmacie : ‘médicament’, ‘mauvais médicaments’, mais aussi ‘eau oxygénée’, ‘Vicks VapoRub’, ‘camphre’…

Des sensations de cuir, de bois, de poivre ou d’encens ont été données, mais sur l’ensemble des personnes sondées, à peine 15 % ont spontanément cité des termes relatifs au registre du parfum.

Le ‘désinfectant’ ou les ‘produits d’entretien’ ont été évoqués à plusieurs reprises. Mais il y a une autre évocation olfactive plus inquiétante qui revient souvent : l’univers des toilettes. 9 % ont spontanément cité le mot ‘urine’, 4 % ont parlé d’une odeur de ‘toilettes publiques’. 4 % ont perçu une odeur d’ ‘urine animale’ ou de ‘litière’. Mais 4 % ont également parlé de ‘produits pour les toilettes’.

Les femmes représentent 60 % de ceux qui ont ressenti une facette urine. On peut donc noter que les hommes sont moins gênés par cette facette sale et animale du parfum M / Mink, ou alors ils l’ont moins perçue.

Analyse quantitative :

Il a été demandé aux testeurs de donner au parfum une note de 0 à 10 : zéro représentant la détestation absolue et dix l’adoration. S’il y a eu des zéros, aucun dix pour autant. La meilleure note donnée est un 7.

La note globale donnée au parfum M / Mink de Byredo n’est pas bonne : elle est de 2,1 sur 10. Les femmes ont été plus ‘généreuses’ avec une note de 2,4. Les hommes ont donné une note moyenne de 1,8 sur 10. Et, sur les 11 % des personnes qui ont donné la note zéro, la très grande majorité sont d’ailleurs des hommes. De là à dire que le parfum plaît davantage aux femmes, il y a un pas. La note inférieure à 3 qu’elles ont donnée n’est en effet pas très encourageante !

Chez les hommes comme chez les femmes, les personnes de moins de 25 ans ont été totalement déroutées par le parfum. Chez les hommes comme chez les femmes aussi, ce sont les personnes au-delà de 65 ans qui ont donné les notes les moins dures au parfum. Toutefois, il n’y a pas vraiment d’amélioration continue de la perception de la fragrance entre les deux tranches d’âge.

Faut-il lancer ce parfum ?

Encore une fois, il faut rappeler que le parfum testé ici a été présenté comme un prototype et non comme un produit du marché. Nous avons affirmé qu’il s’agissait d’un test pour un de nos clients. Nous avons donc pu pousser l’interrogatoire en demandant aux gens s’il fallait, ou non, proposer ce parfum à la vente.

Et la réponse ? Elle est unanime : Non. Et ce, pour 76 % des personnes sondées.

Dans le détail : 88 % des hommes ont répondu non, pour ‘seulement’ 67 % des femmes.

Seuls 24 % ont répondu qu’il fallait lancer ce parfum. Avec une nuance toutefois pour certains : ‘oui, mais je ne l’achèterais pas’, ‘oui, mais pour une marque de produits d’entretien’.

A qui destineriez-vous ce parfum ?

La réponse spontanée ‘personne’ vient dans 57 % des cas.
Pour les autres : 35 % voient M / Mink comme un parfum plutôt masculin, 39 % de genre plutôt féminin, et 26 % sans genre déterminé.

Les citations d’âge évoquent dans la majorité un parfum pour des personnes âgées, ‘voire très âgées’. Une des personnes sondées a donné le gentil qualitatif de parfum pour ‘une femme vieille, moche, fripée’, une autre, pourtant senior elle-même l’envisage ‘pour des grands-parents et encore’. Un autre testeur va plus loin : ‘pour un corps embaumé, un mort’.

Conclusion :

Si le but était de créer un parfum ultra dérangeant, M / Mink de Byredo marque peut-être des points. Toutefois, on peut dire assurément qu’il ne passe pas le test des consommateurs. Mais alors, s’il y a un client pour ce type de parfum ovni, qui est-il ? Deux des sondés ont une bonne vision de ce client potentiel : ‘une personne qui cultive son originalité’, ‘quelqu’un qui cherche quelque chose de spécial’. Spécial, oui… assurément !

Note :

Si vous souhaitez reprendre ou citer les résultats de ces tests, la mention ‘ROUGE CURACAO’ est obligatoire. Le temps passé à ces tests est effet plus long que celui consacré à l’écriture du dossier. Merci de votre compréhension. Merci par ailleurs à Audrey et à Laura pour leur contribution à ce dossier.

Auteur : Nicolas Olczyk

Independent fragrance expert, based in Paris, France - Expert indépendant du parfum.

14 réflexions sur « M / Mink de Byredo : passerait-il les tests consommateurs ? »

  1. Une belle et ingénueuse facon de faire de la pub gratuite pour Byredo !
    J´espère au moins que vous avez eu des compensations de la part de la marque : cadeaux, etc.

    1. Bonjour Lola,
      Merci de votre message.
      Non, c’est article n’est pas subventionné, comme aucun sur ce site. Byredo ne fait pas non plus partie de nos clients.
      Au final, je ne suis pas certain d’ailleurs que les résultats soient très flatteurs pour le parfum !
      Vous aurez prochainement l’occasion de découvrir ici d’autres tests de parfums.
      A bientôt sur Parfums, Tendances & Inspirations.
      Nicolas Olczyk

    2. C’est mon parfum depuis 6 ans.
      Il ne se passe pas deux jours sans que l’on me complimente sur mon parfum, que je ne changerais pour rien au monde.

  2. Bonjour,
    Merci de votre réponse.
    En effet, les commentaires ne sont pas flatteurs et je ne suis pas sûre que ce parfum soit un succès.
    La niche doit-elle faire des parfums conceptuels ‘buzz’ importables comme celui-ci ? Ou bien faire du ‘upper-mass’ élitiste comme les Lutens, par exemple ?
    A bientôt Nicolas
    Lola

    1. Concernant votre question, nous avons eu un constat similaire lors du Prix de Spécialistes de la Fragrance Foundation.
      Denyse Beaulieu, de Grain de Musc, qui était également membre du jury a d’ailleurs écrit un article à ce sujet : « Le parfum, c’est quelque chose qu’on porte ou qu’on contemple ? » questionne-t-elle.
      A lire dans le dossier ‘M/MINK de Byredo: humour noir d’encre’.

  3. Cher Nicolas,
    Nous suivons votre publication avec grand intérêt.
    Votre test est très intéressant !
    Je vous propose une prochaine fois de vous présenter la méthodologie que nous appliquons de notre côté chez ROSAE.
    Bien à vous,
    Olivier Aron

  4. Ce qui me désole par dessus tout, ce n’est pas l’odeur de ce parfum (que j’ai moi-même déjà senti) mais bien le fait qu’il ait été soumis à des tests consommateurs.
    Doit-on rappeler qu’un parfum évolue dans le temps et que ses notes de tête peuvent cacher des notes de coeur ou de fond plus « agréables » ?
    Ces consommateurs n’ont pas eu l’opportunité, il me semble d’en voire l’évolution.
    D’autre part, je pense que les tests sont à l’origine de la banalisation de la parfumerie, c’est pour ces raisons que les parfums se ressemblent tous aujourd’hui: parce qu’ils doivent plaire à tous.
    Si on commence à s’attaquer aux marques de parfums de niche, les seules prenant encore réellement des risques et proposant des créations nouvelles et originales, nous écraserons le peu de maisons qui défendent encore la création.
    N’oublions pas que Jicky ou Chamade de Guerlain ont beaucoup dérangé et dérangent encore beaucoup de personnes, ils sont pourtant toujours vendus et restent des chefs d’oeuvres dans le domaine de la parfumerie, qu’on les apprécient ou non.
    Sandra

    1. Bonjour Sandra,
      Non : je ne pense pas que la marque Byredo ait pratiqué des tests pour ses parfums.
      En tout cas, si c’est ce que vous avez compris, il y a erreur : ce test n’a pas été commandé par Byredo.
      L’idée de ce dossier était de montrer ce que peut donner en test un parfum a priori… ‘intestable’.
      Les résultats sont intéressants, il me semble. Ils prouvent que M / Mink est un parfum qu’on adore ou qu’on déteste… enfin, il est surtout détesté, visiblement.
      Et puis attention, faire un test est une chose. Exploiter ses résultats en est une autre.
      Ici, les tests montrent que si la marque souhaitait proposer une ‘création nouvelle et originale’, comme vous le dites, elle y est arrivée.
      Dérangeante aussi sans doute !
      Par ailleurs, on peut tester un produit et ne pas choisir de valider le produit qui a obtenu le meilleur résultat.
      Un parfum plus segmentant, polarisant, plaira à un nombre moindre de personnes. Mais il sera peut-être à l’inverse plus propice au réachat par le consommateur.
      Quoi qu’il en soit, le test présenté ici a été effectué sur un produit fini, déjà lancé par la marque.
      Voilà, j’espère que c’est plus clair pour vous désormais.
      Bien à vous,
      Nicolas Olczyk

  5. Cher Nicolas, vous avez raison, un parfum ne peut pas, et ne doit pas, plaire a tout le monde !
    Un grand succès fait au mieux 4 % de part de marché et les dix premiers du marché sont juste au dessus de 1 % de part de marché.
    Il convient pour toute analyse olfactive (je n’aime pas trop personnellement le terme de ‘test’) avant un lancement de mesurer la taille et la profondeur de son « fan club » et surtout de pister les mots qui sortent de l’ordinaire dans leurs verbatim spontanés.
    Je suis d’accord aussi sur la remarque sur le réachat : il est inexact en effet d’opposer commercialité et originalité. De nombreuses études que nous avons menées sur des grands lancements récents prouvent que les meilleurs sont justement ceux dont l’originalité est soulignée par les consommateurs ou les consommatrices. En tous cas ceux qui perdurent et qui ne se vendent pas uniquement lors des vagues de publicité.
    Olivier Aron, ROSAE

  6. Bonjour,
    Je porte de temps en temps M/Mink (par temps froid car la chaleur ne lui rend pas justice) et je me félicite que de tels parfums existent.
    Ils ne sont pas faciles à aborder et il m’a d’ailleurs fallu quelques essais avant de l’apprivoiser et de l’apprécier !
    Or, un test conso cela se fait rapidement et on ne sent qu’une seule fois, éventuellement que les notes de tête.
    Il partait perdant d’avance, vous avez donc enfoncé des portes ouvertes.

  7. Bonjour,
    Cet article est intéressant ! Mais descendre M/Mink est-il vraiment nécessaire ?
    Je porte M/Mink (plutôt l’hiver, tout comme Muriel) et vous ne me croirez peut-être pas, mais c’est le parfum qui me vaut le plus de compliments de la part de mon entourage. Il n’y a pas une seule fois où, quand je le mets, je ne récolte pas un « Hmmm, tu sens bon! » alors que d’habitude, mes autres parfums passent inaperçus !
    Justement, est-ce son caractère bien trempé et singulier qui fait qu’on le remarque ? Et pourtant, personne ne le déteste… sur peau.
    Alors prochaine étape peut-être : faire renifler le cou d’une personne aux passants, et là, ce seront sans doute des résultats différents qui en ressortiront, je pense !
    A très bientôt…

  8. Bonjour Patrice, bonjour Muriel,
    En fait, ce dossier constitue la première partie d’une série de 4 analyses.
    Il y aura donc 3 autres fragrances, dont vous pourrez lire prochainement les avis des consommateurs en blind test. C’est là aussi que réside l’intérêt de ce dossier.
    M/Mink a juste le mérite d’être le premier parfum, la critique ne lui est pas réservée.
    Les 3 autres fragrances que nous avons sélectionnées sont également des compositions atypiques.
    Je partage votre opinion, ‘M/Mink’ a un caractère bien trempé’ et ‘ne passe pas inaperçu’.
    Si des personnes le détestent, il est totalement logique que certaines autres, dont vous faites partie, l’adorent.
    Je suis d’accord avec vous également : pour les amateurs de parfums, il est beaucoup plus intéressant qu’un parfum suscite un effet ‘Love-Hate’, qu’un sentiment poli ou mitigé.
    Les parfums ‘Oui, ça sent bon, mais ça ressemble à d’autres choses’ passent les tests. Mais résistent-ils à l’épreuve du temps ? C’est une autre question !
    Bien à vous,
    Nicolas Olczyk

  9. J’ai hâte de voir la suite alors !
    Y aurait-il par hasard Muscs Koublaï Khan (que j’adore !) ou Sécrétions Magnifiques dans les prochains ?
    Patrice

  10. Etant ‘client’ de M/Mink, je peux dire que ce parfum m’a surpris au premier contact (impression fortement négative).
    Mais en évoluant, sur un vêtement, il s’est révélé être un parfum terriblement dense. Son évolution est phénoménale : je n’ai jamais senti un parfum de cette profondeur et d’une telle sophistication.
    Au final, cette impression négative s’est transformée en un véritable coup de coeur !
    Bien sûr c’est un parfum qui se contemple aussi bien qu’il se consomme. Comme un bon Lagavulin de 16 ou 21 ans d’age.
    Bravo à la superbe ‘com’ des graphistes parisiens M/M.

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