Matières premières naturelles ou synthétiques ? L’éternel faux débat

Sur le point de vente, les ingrédients parfumés de synthèse sont souvent montrés du doigt. Par simplification, on assimile souvent synthèse à mauvaise qualité, voire… à allergie. Contre toute attente, certaines conseillères de vente affirment, pour rassurer le client ou s’assurer une vente, que leurs parfums sont ‘entièrement naturels’. Il est tout de même bon de rappeler que les parfums sont faits de produits naturels ET synthétiques.

‘Naturel ou synthétique ?’ : pour certains, la qualité d’un parfum semble se limiter à cette question. Le personnel de vente est souvent confronté à cette question de la part des clients. Sur Internet, où les consommateurs sont à la recherche d’infos, le même faux débat a lieu. Sans modérateur, la discussion peut alors partir dans tous les sens.

En fait, tous les grands parfums actuels utilisent des matières premières naturelles et synthétiques. Aromates, épices, agrumes… dans les parfums, nombreux sont les composants issus directement de la nature. En revanche, pour des raisons financières, écologiques (espèces protégées ou en quantité insuffisante, problèmes de déforestation pour les bois), mais aussi parce que de nombreux végétaux ne se prêtent pas à la distillation (et n’existent donc pas sous une forme ‘naturelle’) de nombreuses matières premières sont créées en laboratoire. Cela n’empêche pas les grandes maisons d’utiliser dans un parfum à la fois des matières premières de synthèse et des essences de rose, de jasmin ou de vétiver Bourbon.

Un aldéhyde. Les aldéhydes sont utilisés dans les parfums pour leur caractère incisif, légèrement métallique ou cireux.
Un aldéhyde. Les aldéhydes sont utilisés dans les parfums pour leur caractère incisif, légèrement métallique ou cireux.

Une autre raison est la créativité extraordinaire des nouvelles matières créées en labo. Au delà des molécules issues de la chimie, le parfumeur peut avoir recours à d’autres alternatives aux huiles essentielles et absolues. Le headspace, par exemple, est une technique qui permet de capturer le véritable parfum d’une fleur, ou d’un espace plus immatériel (une rivière, une forêt…) et de le recréer à l’identique, quand il est la plupart du temps impossible à extraire naturellement. On fait donc du plus vrai que nature, en somme.

Le headspace de rose donne paradoxalement une note plus proche de l’odeur de la fleur que l’huile essentielle. L’essence de rose est un très beau produit, qui est cher et utilisé parcimonieusement dans les créations modernes. Mais, lors de blind tests, certaines personnes ne la reconnaissent pas et évoquent… l’artichaut ou la citronnelle.

Par ailleurs, certaines molécules ont une odeur qui n’existe pas à l’état naturel. C’est le cas de notes aquatiques, de certaines notes boisées, musquées… La synthèse permet en effet de proposer des notes inédites non présentes dans la nature. Or la qualité d’un parfum est aussi fondée sur sa capacité d’innover… Et non sur le fait qu’il soit 50, 75 ou 100% naturel !

Par le biais d’histoires ou d’anecdotes, il est important de rappeler aux consommateurs que sans la synthèse, il n’y aurait pas de beaux parfums. Les marques ou les enseignes ne doivent pas refuser d’aborder ces questions dans la formation du personnel de vente. Car un client qui est mal informé ou qui se pose des questions est aussi un client qui diffère ou annule son achat.

La marque alternative Comme des Garçons a été jusqu’à lancer une ligne de parfums baptisée Synthetic. Les parfums ont des notes de pressing, de garage ou de skai.

Pour la petite histoire, un des produits de synthèse le plus utilisé est la coumarine*. Cette molécule, découverte à la fin du 19è siècle, a révolutionné l’industrie du parfum par sa note inédite de foin séché et de vanille. Cette note, qui apporte un charme indispensable à la plupart des créations masculines et féminines actuelles, a été utilisée pour l’une des premières fois en 1889 dans le parfum Jicky par Guerlain… une marque que ceux qui dénigrent la synthèse associent souvent pourtant aisément à la qualité.

Parfois, sur le point de vente, certain(e)s vendeurs(ses) vont jusqu’à raconter que leurs parfums n’utilisent que, ou principalement que, des produits naturels, ce qui est bien sûr faux. A ce sujet, on peut relire l’intéressant dossier écrit par le journaliste américain Chandler Burr dans le New York Times. Il raconte avoir écrit cet article parce que dans un grand magasin une cliente l’a interpellé en lui disant : ‘J’achète des parfums Chanel, parce qu’ils ne contiennent que des produits naturels’.

article ‘Synthetic N°5’. Cliquer sur la photo pour lire ce dossier en entier (appuyez sur la touche Ctrl si la fenêtre ne s’ouvre pas automatiquement).

Or, comme le rappelle l’article, une des raisons du succès de Chanel N°5 est l’utilisation pour la première fois d’aldéhydes**, une famille de produits de synthèse aux notes très typées. Vu le succès continu de N°5 depuis son lancement en 1921, on est en droit de penser que les clients sont, eux aussi, contents que la synthèse existe.

 

adaptation d’un dossier écrit pour Marionnaud

 

(*) Obtenue par synthèse chimique, la coumarine est une molécule qui existe également à l’état naturel dans la fève tonka. 

(**) Pour plus de précisions, voir l’explication apportée dans le commentaire N°2 ci-dessous.

 

Auteur : Nicolas Olczyk

Independent fragrance expert, based in Paris, France - Expert indépendant du parfum.

22 réflexions sur « Matières premières naturelles ou synthétiques ? L’éternel faux débat »

  1. Bravo pour cet article, la question mérite d’être posée et la réponse est à mon sens bien plus souvent philosophique que technique. En effet, synthétiser une essence naturelle permet non seulement de protéger certaines espèces rares, mais également, comme vous le dites très justement, d’offrir des parfums à des prix bien plus abordables.
    Reste qu’en aromathérapie il est quasi impossible de se positionner avec un produit de synthèse.
    Petite observation, il me semble que les aldéhydes existent à l’état naturel mais ont été effectivement synthétisés pour la première fois en France en 1903.
    Serge, Eostream

    1. Quand les parfumeurs emploient le terme d’aldéhydes, ils parlent en fait plus particulièrement d’aldéhydes aliphatiques (à chaîne carbonée non cyclique).
      Les aldéhydes sont un type de molécules très répandues, bien au delà des seuls aldéhydes aliphatiques. De nombreux aldéhydes existent bien entendu dans la nature. La vanilline* est un exemple d’aldéhyde naturel, la molécule existant à l’état naturel dans la gousse de vanille. Toutefois, ce n’est pas du tout une odeur aldéhydée, le terme étant réservé aux types d’aldéhydes cités ci-dessus.
      Ceux utilisés en 1921 par le parfumeur Ernest Beaux dans Chanel N°5 sont en effet issus de leur synthèse chimique au début du 20ème siècle.
      Il est effectivement bon de rappeler qu’un produit synthétique (c’est à dire obtenu par synthèse chimique) n’est pas nécessairement absent dans le règne végétal ou animal.

      (*) 4-hydroxy-3-méthoxybenzaldéhyde est le nom chimique de la vanilline

  2. Lorsqu’on connait les matières premières, on peut se dire que les huiles essentielles et les absolues ne sont au final qu’une transformation de la nature par l’homme, au même titre qu’une molécule obtenue par voie de synthèse. L’huile essentielle de rose… telle quelle n’existe pas dans la nature ! La vanilline toute seule non plus, mais on la trouve pourtant dans la gousse de vanille !
    Ce débat naturel/synthétique est purement mercantile et intéressé, il est plus facile de vanter des produits dits ‘naturels’ si on dénigre les synthétiques.
    Les produits certifés Ecocert renferment pourtant eux aussi des méchantes ‘molécules’ synthétiques, à condition qu’elles aient été obtenues à partir d’une extraction d’un ingrédient naturel. C’est à dire de manière 10 à 100 fois plus coûteuse qu’une synthèse classique. Au final, on paye plus cher pour un résultat olfactif égal voire moins bon !
    Est ce que la vanilline obtenue par synthèse chimique est plus dangereuse pour l’homme et pour la planète ? Ce n’est pas vraiment prouvé…
    Jeanne, auparfum

  3. Très bel article, enfin du parler vrai !
    J’en ai marre moi aussi de cette légende sur Chanel véhiculée notamment par la télévision et qui a imprégné (infesté) le discours et ce qu’en pense une grande majorité de personnes.
    Nous voyons que le discours change, heureusement, et nous devons le faire savoir. Mais je crois que le chemin est long avant qu’il n’arrive sereinement sur les points de vente. Merci donc pour cet éclairage !
    Méchant Loup, Olfactorum

  4. Merci pour ce dossier très pertinent !
    En effet, ayant travaillé sur un point de vente parfums aux Galeries Lafayette, je ne vous raconte pas le nombre de fois où l’on m’a demandé si mes parfums étaient 100% naturels… Et sinon, où on pouvait en trouver.
    C’est lassant, car on a beau expliquer en substance ce que vous dîtes dans cet article, la clientèle reste perplexe.
    Sophie Normand, My blue hour

  5. La dernière fois, alors que je sentais « Petite Chérie » d’Annick Goutal et que je disais à la vendeuse que le résultat était très naturel par rapport aux notes fruitées qui semblent souvent très synthétiques chez d’autres marques, elle m’a répondu « Ah mais mademoiselle, ce parfum est composé à 100 % d’essences naturelles ».
    Glurp… Mauvaise foi ou ignorance, impossible de savoir, le mieux est de rendre le sourire et se taire.
    Ce qui est bizarre, c’est que les gens réclament du naturel, mais l’IFRA s’attaque précisément à ces composants, mousse de chêne, jasmin, essence de rose… Pas très logique.

  6. Bonjour,
    J’ai réalisé une étude sur les parfums, mais une question persiste :
    Un des composants essentiels du célèbre parfum Chanel n°5 est l’huile essentielle d’ylang-ylang. Celle-ci est majoritairement constituée de trois molécules que l’on sait aujourd’hui synthétiser :
    – Benzoate de méthyle,
    – 4-méthylanisole,
    – Benzoate de benzyle.
    Utiliser des molécules de synthèse possède généralement un avantage notable : celles-ci sont en effet économiquement beaucoup plus intéressantes. Or, la maison Chanel persiste à utiliser l’huile essentielle naturelle d’ylang-ylang.
    Pourquoi ?
    Est-ce par respect de la « recette originale » ? Pour conserver un certain prestige en continuant à garder quelques composés naturels ?
    En vous remerciant par avance pour d’éventuelles réponses.

    1. Votre question est intéressante.
      Oui, l’utilisation de matières premières naturelles est en effet un gage de prestige.
      Mais là n’est pas tout à fait la question à vrai dire.
      Si la formule originelle contient de l’essence d’ylang ylang et que ce produit est encore accessible au parfumeur aujourd’hui, pourquoi vouloir reformuler le parfum ?
      La question se pose quand un composant naturel vient à se raréfier, à être interdit, que ce soit pour des raisons écologiques (espèce protégée, comme le santal indien par exemple) ou de réglementation (présence d’une molécule désormais pointée du doigt dans l’huile essentielle, par exemple).
      Une autre raison de reformuler peut être le coût des composants naturels de la formule. Mais si l’iris ou la rose atteignent des prix très élevés, un certain nombre de composés naturels ne sont pas hors de prix. Les essences d’agrumes sont très peu chères. Et l’essence d’ylang ylang, puisque c’est votre question, n’a pas un prix très élevé.
      D’un point de vue de parfumeur, votre question peut aussi sembler ‘sacrilège’. En effet, parmi les multiples molécules qui composent une huile essentielle de rose, de santal, de jasmin ou d’ylang, il ne faut pas oublier tous ces composants présents en quantités faibles, voire infimes.
      Ces ‘impuretés’, si l’on peut dire, ne se retrouveront pas dans une reconstitution en laboratoire d’une essence de rose, de patchouli, etc. Pourtant ces composants, présents parfois en trace, sont responsables des facettes bien particulières (fruitées, fumées, miellées, moisies, etc.) qui donnent aux composants naturels une véritable signature. Et qui font qu’une rose reconstituée en laboratoire à partir de ses 5 ingrédients principaux n’aura jamais le parfum aussi riche et envoûtant d’une véritable essence de rose… même si celle-ci sera utilisée en petite quantité par le parfumeur.
      Quelques gouttes d’essence de rose ou de jasmin apportent en effet un vrai supplément d’âme à une formule.

  7. Je vous remercie pour votre réponse complète et intéressante qui m’éclaire quelque peu sur ce domaine complexe qu’est la parfumerie.

  8. Bonsoir,
    Ce message pour satisfaire ma curiosité : j’ai lu que l’on ne pouvait pas synthétiser l’odeur de certaines plantes et notamment celle du muguet. Pourquoi cela ?
    En vous remerciant par avance pour votre réponse,
    Albert.

    1. Dans votre question, ‘distiller’ est probablement un terme plus adéquat que ‘synthétiser’.
      La distillation à la vapeur d’eau permet d’obtenir une huile essentielle. Mais certains végétaux (fleurs ou autres) ne supportent en effet pas la distillation, ou celle-ci ne donne rien. Certaines fleurs sont trop fragiles comme le muguet. Mais de nombreuses autres fleurs ne donnent rien non plus.
      Il existe d’autres techniques pour obtenir une essence à partir d’un végétal. Pour les agrumes, qui ne supportent pas la chaleur, on presse l’écorce à froid (la technique s’appelle ‘expression’) et cela permet de récupérer l’huile essentielle.
      La plupart des autres fruits ne donnent rien, principalement parce qu’ils contiennent trop d’eau.
      Parmi les autres techniques, il y a la possibilité d’utiliser un solvant volatile (on parle d’ ‘extraction’ et le produit obtenu est un ‘absolu’) ou du gaz carbonique liquéfié (‘extraction CO2’).
      Mais dans les nombreux cas où le végétal ne permet pas d’obtenir une ‘essence’, il reste la possibilité au parfumeur de recréer son odeur en laboratoire, de la ‘synthétiser’ donc.

  9. Je souhaitais effectivement dire « extraire » (ou « distiller » dans le cas du muguet) l’essence de certains végétaux et non « synthétiser ». Je vous remercie pour votre réponse et votre bonne compréhension.
    Je tenais également à vous féliciter pour votre site très instructif et surtout pour votre disponibilité. Il est effectivement agréable de recevoir si rapidement une réponse.
    Albert.

  10. Bonjour Nicolas,
    Votre article m’a quelque peu laissée perplexe et, en gros, pas d’accord ! En particulier que sans la synthèse, il n’y aurait pas de beaux parfums.
    N’avez-vous donc jamais trouvé un seul beau parfum « naturel »? Vraiment pas un ?
    Ou bien vous n’avez jamais jugé nécessaire d’en sentir un seul ? Ou bien vous n’en avez senti que deux ou trois, et vous avez alors peut-être été très malchanceux, et vous n’êtes tombé que sur des parfums « bof »?
    Parce qu’en ce qui me concerne, je commence tout juste à en tester de différentes marques et j’en ai déjà trouvé de très jolis!
    Et je citerai aussi le commentaire de Jeanne : « Ce débat naturel/synthétique est purement mercantile et intéressé, il est plus facile de vanter des produits dits ‘naturels’ si on dénigre les synthétiques ». Pour ma part, j’ajouterai : et inversement!

    1. Bonjour Caroline / Heidi,
      Merci de votre commentaire.
      Le mot ‘beaux’ dans beaux parfums est subjectif peut-être. Mais sans la synthèse, point de parfumerie telle qu’on la connait aujourd’hui. C’est un peu comme si vous interdisiez à un peintre de travailler avec des pigments non naturels, et donc d’utiliser telle ou telle couleur.
      Encore une fois, je n’ai rien contre les parfums naturels ou bio. Comme je l’ai précisé lors d’un commentaire sur votre blog, j’aide même mes clients parfumeurs à en créer !
      Donc non seulement, j’en sens, mais je participe parfois aussi à leur création.
      Le naturel et le bio ne se résument pas au parfumage pour soi. Vous avez d’ailleurs de très jolies fragrances naturelles en matière de cosmétiques.
      Mais si on parle de fine fragrance, quelle tristesse de s’interdire toutes les belles odeurs qui existent dans les chefs d’oeuvre de la parfumerie… mais qui ne sont pas issues de la distillation des plantes.
      Pour finir, je reprendrai une citation de la parfumeuse Mathilde Laurent de Cartier entendue cet été : ‘Tout ce qui est naturel n’est pas bon pour l’homme’. Le curare et la digitale sont des poisons, rappelle-t-elle.

      1. Les nouvelles fragrances sont une chose, mais les sympathiques molécules comme les conservateurs, les colorants, les anti-UV, les phtalates, BHT… vous n’en parlez pas.
        Or c’est souvent cela qui oppose naturel et synthétique, non ?

  11. Oui, le ‘beau’ est relativement subjectif.
    Certains trouvent l’art pariétal (préhistorique, NDLR) vraiment très ‘beau’ et d’autres préfèreront le cubisme, idem en matière de parfums… Je suppose que certains nez seront d’avantage réceptifs aux charmes du naturel, et d’autres à ceux du synthétique, et ça dépend probablement de tout un tas de facteurs (l’acquis et l’inné, voir des soucis d’éthique environnementale, que sais-je?)… On ne va peut-être pas se taper dessus pour autant, c’est vrai.
    C’est pour ça que je préfère utiliser le mot ‘joli’.
    Mais quand même, je me dis que vos clients, ceux que vous aidez à créer des parfums bio, doivent être bien contents de savoir que vous les aidez à créer des parfums beaux plutôt que pas beaux, non ? Ou bien ils sont juste cyniques et ne cherchent réellement qu’à faire de meilleures ventes grâce à leur étiquette bio !
    Ou bien vous parlez de ‘parfum’ là où il s’agit d’avantage d’eau de toilette (vu que vous avez mentionné une eau de toilette Florame dans votre commentaire sur mon blog) ?… Et alors là, d’accord, c’est pas pareil.
    Désolée, mais en vous lisant , j’ai l’impression que l’homme n’est rien sans la chimie, que la nature elle-même ne fait rien de bien sensationnel comparé à la chimie… Bref, on a un peu la sensation que vous vénérez le synthétique tel un dieu tout-puissant sans lequel le parfum n’est plus bon à grand chose. Et moi, c’est ça que je trouve triste.
    Et la rengaine « tout ce qui est naturel n’est pas bon pour l’homme », c’est vrai, mais je ne crois pas que c’est ce genre d’argument qui me donnera envie de ne plus m’enduire la peau que de dérivés de produits pétroliers… Et puis cette citation de Mme Laurent, de Cartier peut, comme le commentaire de Jeanne, être retourné: « tout ce qui est chimique n’est pas bon pour l’homme ».
    Bref, voilà, comme je le conclus sur mon blog : je ne suis qu’une sale hippie… quoi que pas jusqu’au-boutiste, puisque j’envisage de m’offrir un flacon d’Arpège… autant qu’un parfum bio de Sharini, ceci dit.

    1. Bonjour Caroline / Heidi,
      Merci de votre message !
      Il est difficile de vivre sans la chimie vous savez. Les molécules sont les constituants de tous les produits naturels. Et la chimie verte existe aussi.
      Mais bon, quoi qu’il en soit, je suis bien plus adorateur de parfums que de chimie, vous savez.
      Je rebondis ici aux propos d’une grande dame de la parfumerie qu’est Patricia de Nicolaï. Patricia utilise beaucoup d’ingrédients naturels dans ses formules, probablement bien plus que les marques de parfums grand public traditionnels. Pourtant elle dit (je la cite) : ‘J’en ai assez du discours 100% naturel. Si certains veulent retourner à la parfumerie de Marie-Antoinette, et bien qu’ils le fassent. Personnellement, je ne crois pas à la parfumerie de luxe 100 % naturelle’. Elle poursuit : ‘Il faut impérativement reconsidérer les molécules de synthèse, que les journalistes osent en parler et cassent ce tabou’.
      Pour répondre à votre question, oui, certaines marques de produits bio (qu’il s’agisse de produits alimentaires, de décoration, ou de cosmétiques) font du bio plus pour répondre aux attentes des consommateurs, et donc vendre, que par conviction.
      Attention aussi, le mot ‘parfum’ a effectivement de nombreux sens. Le concentré utilisé pour parfumer un produit cosmétique, bio ou pas d’ailleurs, est aussi appelé parfum. C’est beaucoup là que j’ai pu intervenir dans mon travail.
      Le but de cet article, ce n’est pas de la propagande pour la chimie, c’est la pédagogie.
      On entend en effet un peu tout et n’importe quoi quand on va dans une parfumerie (comme l’explique Sophie dans son commentaire)

  12. Tout d’abord, je remarque qu’il y a presque toujours un mélange des genres bio/naturel quand on parle de parfums naturels. Le parfum bio est en principe forcément naturel mais le naturel n’a pas forcément à être bio. Qu’un parfum soit naturel ET bio au lieu de « simplement » naturel n’induit pas forcément une modification significative de son odeur en revanche, essayez de recomposer en 100% synthétique un parfum naturel, vous aurez des surprises… (Vouloir reproduire un parfum synthétique par du naturel je n’en parle même pas ce serait une utopie.)

    Ensuite c’est extrêmement réducteur de comparer la parfumerie naturelle moderne à la parfumerie du temps de Marie-Antoinette.

    On entend toujours cette rengaine alors qu’aucun de nos contemporains n’ont pu mettre le nez sur un parfum du 19ème siècle (ou alors je n’ose pas imaginer l’état d’un parfum aussi ancien) et il est de nos jours impossible de les refaire à l’identique, ne serait-ce que par absence d’extraction par enfleurage, alors en dire du mal c’est facile mais si nous pouvions les sentir nous aurions peut-être des surprises…

    De toutes façon, comme je viens de le dire, nous ne referons pas les parfums de cette époque, quand bien même le voudrions-nous c’est impossible mais surtout, de nos jours la façon de concevoir le parfum n’est pas la même, y compris en naturel, les parfums à base de synthétique voire d’artificiel ont changé les habitudes des nez comme celles des utilisateurs de parfums. Enfin, sans même parler d’isolats et autres biosynthèses à la frontière du naturel, il est évident qu’un absolu obtenu par extraction aux solvants volatils n’existait pas plus au temps de Marie-Antoinette qu’un extrait sélectif au CO2 supercritique, le « nez naturel » moderne a donc une palette bien différente et nettement plus étendue que celle des parfumeurs de cette époque !

    Si je comprends et trouve une certaine légitimité à votre « quelle tristesse de s’interdire toutes les belles odeurs qui existent dans les chefs d’oeuvre de la parfumerie » pour ma part c’est le choix que je fais mais le fais sans aucune tristesse.
    Mais surtout vous savez bien que de toutes façons l’immense majorité des chefs d’œuvre de la parfumerie a déjà été reformulée, que ce soit pour raisons « écolo-éthiques » comme pour le musc naturel, économiques comme les absolues obtenues par enfleurage, ou parce que certaines des molécules naturelles ou synthétiques qui s’y trouvaient n’étaient plus compatibles avec les standards IFRA actuels et parfois dangereuses (comme les muscs nitrés, en particulier le musc ambrette -à ne pas confondre avec l’huile essentielle d’ambrette-).

    Enfin, il y a également des exemples de toxicité qui devraient inciter à plus de prudence et à respecter un peu plus la « sagesse » de la nature ou du moins les formidables équilibres que le monde vivant avait su mettre en place bien avant que l’homme ne commence à vouloir contrôler les molécules.
    Mon préféré ? Le cas du méthyl chavicol (ou estragole).
    Il serait trop long de le développer ici mais disons simplement qu’une étude à démontré qu’il n’était pas cancérigène quand il était sous sa forme naturelle typique, l’extrait de basilic. En revanche, la même molécule isolée, par fractionnement ou synthétisée, est convertie par le foie humain en un métabolite cancérigène. Coup de chance ? Non, on peut raisonnablement supposer qu’à force de manger du basilic la sélection naturelle a gardée des hommes dont le corps réagit au méthyl chavicol du basilic sans risques de cancers. A contrario, l’homme (enfin l’industriel surtout…) qui dans son arrogance et son avidité habituelles a voulu utiliser le méthyl chavicol synthétique, s’est vite aperçue que les rats développaient de multiples cancers quand on leur en administrait et l’IFRA s’est empressée d’interdire sa présence à plus de 0,2% dans les parfums y compris s’il est apporté par un quelconque extrait de basilic… (Cette étude de 2007 n’a visiblement toujours pas été prise en compte et elle ne le sera probablement jamais, on ne va quand même pas favoriser le naturel au détriment d’une certaine industrie…)
    Source : http://edepot.wur.nl/121896

  13. Ce dossier écrit il y a plus d’un an continue visiblement à passionner les esprits.
    Je préciserai donc pour les nouveaux lecteurs que ‘Parfums, Tendances & Inspirations’ est un site principalement lu par les professionnels de la beauté.
    Cet article pédagogique, assez lu et apprécié, est peut-être écrit avec léger ton provocateur incitant à la réaction (mais que les abonnés à de ce site semblent apprécier). Et finalement tant mieux !
    L’idée première était de dénoncer le message que certains conseillers de vente (de grandes marques nationales) font passer en affirmant que leurs parfums (vendus en grands magasins ou parfumeries) ne contiennent que des produits naturels. Ce qui est bien sûr faux.
    Certaines personnes passionnées par le bio et le naturel (c’est leur choix et je le respecte) n’ont pas aimé ce dossier. Une personne en particulier. Contrairement à ce qu’elle a pu affirmer ailleurs pour me nuire, son message n’a pas été censuré.
    Quoi qu’il en soit, merci de ne pas utiliser ce site comme un espace d’attaques personnelles, racistes ou de tout autre motif condamnable. Merci non plus de ne pas considérer cet espace comme un forum de discussion: d’autres lieux sont plus adaptés à cela. Certaines discussions pouvant en effet devenir incontrôlables. Je rappellerai donc ici que les commentaires sont modérés et ne sont pas publiés automatiquement.
    Olfactivement vôtre,
    Nicolas Olczyk

  14. J’apporterai ici un commentaire ; mon idée n’est pas de relancer le débat.
    Je constate simplement que dans le milieu des parfums naturels, le fait d’expliquer ce que la ‘grande parfumerie’ doit aux matières premières issues de la synthèse est parfois perçu comme une attaque contre les matières premières naturelles, et donc, une défense de la « chimie ». Ce n’est d’ailleurs pas du tout le discours de créateurs comme Mandy Aftel et Dominique Dubrana de Profumo Italia.
    Il est vrai que la parfumerie naturelle artisanale est moins développée en France qu’aux USA pour des raisons historiques (plus forte valorisation de l’artisanat dans la culture anglo-saxonne, concentration de l’industrie du parfum en France).
    D’où, peut-être, un sentiment de ne pas être pris en compte qui suscite certaines réactions à fleur de peau.
    Le fait que le recours au 100% naturel relève de parti-pris pas forcément esthétiques mais plutôt thérapeutiques, écologiques, philosophiques (je ne parle pas ici de ceux qui font du naturel par stratégie marketing) est sans doute pour quelque chose dans cette attitude, disons, pour faire vite, militante.
    Je trouve dommage qu’à la défense de certaines idées puisse se mêler une mise en cause des personnes.
    La blogosphère parfum est en général très courtoise et comme le dit à peu près Heidi plus haut, on ne va quand même pas commencer à se taper dessus !

  15. Suivant les articles et commentaires de ce blog, je me retrouve devant cette polémique qui ne peut pas trouver d’épilogue heureux.
    Je vais tout simplement vous donner mon petit point de vue personnel : mon époux ne pouvant plus supporter aucun parfum du commerce, je me suis aventurée à faire mes propres parfums car je ne sais à quelle matière première il était allergique mais le fait était là, il avait des réactions réellement allergiques. Merci à lui …
    Alors, je dirai que je suis d’accord avec vous concernant le problème financier du coût d’un parfum sans matières synthétiques et en désaccord sur le reste. Je me fais régulièrement aborder par des femmes aimant et connaissant visiblement les parfums en vue de connaître le nom de celui que je porte …..
    Je rajouterai que, sans être une militante aveugle, je déplore la mainmise du ‘chimique’ en général dans la totalité de notre vie et qu’il ne faut point s’étonner de constater que le nombre de personnes présentant des allergies s’accroît de façon spectaculaire.
    Voilà, je ne suis experte en rien, spécialiste en rien et surtout pas en polémique !
    Irène Akimiti

  16. Je viens de découvrir les parfums Honoré des Prés, ils sont 100 % naturels, et créés par la grande parfumeuse Olivia Giacobetti.
    J’adore Vamp à NY, et je pense que ce parfum démontre que le naturel est possible.

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