Non ! Il n’y a pas de vanille dans ce parfum

En parfumeries, on observe quelquefois conseillers de vente et clients être en désaccord sur un parfum, du moins sur ce qu’il peut sentir, évoquer, voire contenir. ‘Non, il n’y a pas de… dans ce parfum’, ou alors ‘Non, c’est un floral-ambré’. On peut s’interroger sur l’intérêt de contrarier un client potentiel de la sorte.

‘Non, il n’y a pas de vanille dans ce parfum !’ Voilà une chose entendue récemment de la part de la responsable commerciale d’une marque, lors d’un salon consacré aux parfums de niche. ‘Il y a de la framboise, de la bergamote, des fleurs… et du caramel’. Du caramel, c’était donc cela… Effectivement, le parfum présenté était très gourmand, avec, c’est à peu près certain, de la vanilline et de l’éthyl-maltol (note sucrée / praline) parmi ses ingrédients.

On peut également observer ce genre expérience dans les points de vente. Dans une parfumerie, il n’est pas rare d’entendre un client potentiel dire à un(e) conseiller(e) de vente qui lui présente une nouveauté : ‘Ce parfum me rappelle…’ telle fleur, ou alors tel parfum d’un autre créateur. Et la personne chargée de la vente : ‘Ah, non, il n’y a pas du tout de… dans ce parfum ’. Parfois, on l’entendra réciter similairement les ingrédients du parfum, du moins ceux qui figurent dans le dossier de formation de la marque. Et ceci pour prouver au client que la fleur ou l’épice en question ne fait pas partie du parfum qu’on veut lui faire acheter.

parfumerie Sephora des Champs-Elysées / photo : Sephora
parfumerie Sephora des Champs-Elysées (photo : Sephora)

Dommage. Pourquoi donc, en effet contrarier un client potentiel ? Du point de vue de la relation client, c’est la quasi-assurance de rater la vente. Mais d’un point de vue olfactif, c’est un comportement tout aussi étrange.

Très présent dans les parfums d’hommes, le dihydromyrcenol, par exemple, évoquera à certains : la lavande, le citron vert, une impression métallique ou une odeur de produit nettoyant. Cette molécule facilement reconnaissable, n’est pour autant jamais revendiquée dans les parfums. Autre molécule assez typée, l’eugénol ravira les amateurs d’œillet ou de pain d’épice. Mais par sa proximité olfactive avec le clou de girofle, il rappellera aussi à beaucoup de gens la désagréable expérience du dentiste. Et de ce fait, un parfum riche en cet ingrédient a de fortes chances de jouir d’une cote de popularité assez mauvaise. Il n’y a peut-être pas de clou de girofle dans la formule, ou du moins dans le dossier de formation, mais si pour le client, le parfum ne sent que ça, on ne peut finalement pas y faire grand-chose.

Par ailleurs, il est sans doute plutôt sain de laisser parler le consommateur et dire ce qu’il pense d’un parfum. Avec ses mots, à lui, même s’il se trompe. Il est en effet difficile d’imaginer pouvoir décrire une odeur de manière normalisée ou ‘carrée’.

De plus, on peut aller jusqu’à parier qu’ajouter une touche de pédagogie – ou du moins d’explication – olfactive lors la vente, c’est aussi donner à l’acheteur la sensation d’avoir eu un conseil de qualité… Et un échange commercial enrichissant.

Auteur : Nicolas Olczyk

Independent fragrance expert, based in Paris, France - Expert indépendant du parfum.

6 réflexions sur « Non ! Il n’y a pas de vanille dans ce parfum »

  1. J’ai eu aussi des expériences similaires sur Paris, notamment avec les jeunes vendeuses ou lors de la promotion / lancement d’un parfum. Ce qui compte c’est la quantité vendue et donc on dit presque tout pour convaincre. Pourtant ce qui me manque c’est un discours personnel. Quand je teste en magasin et je parle (rarement) aux vendeuses, j’ai noté qu’on ne fait que le « brainwashing » de la formation (et pas toujours). Le conseil doit être aussi personnel et pas du tout se limiter à la fiche récitée quand une conversation s’enchaîne. Il y a quelques vendeuses sur Paris que j’aime bien à cause de leur expérience et du vrai conseil et donc j’achète et j’envoie d’autres clients.
    J’ai eu une drôle d’expérience avec la note framboise – réglisse d’un parfum très connu dans un magasin doré sur Champs Elysées.
    Il y a aussi le problème des parfums masculins qui communiquent d’une manière fausse sur leur notes, pour ne pas faire « peur » aux consommateurs (on ne vend pas des fruits hyper musclés aux hommes). Un cas qui a fait une petite histoire c’est Acqua di Gio.
    Pour le dihydromyrcénol, tu as vu que Sephora écrit depuis quelque temps « coumarine » pour certains parfums? (le texto noir sur l’étagère).
    Même si la présentation « officielle » n’est pas toujours mauvaise, il y a des cas où elle n’est pas bien pensée. Dans une conversation très courte avec un sniff très court il faudrait dire les notes qui sont le plus facile à capter pour que la conversation s’enchaîne et non les notes qui font plaisir à l’oreille.
    Ce qui est dommage à Paris c’est le fait que l’achat du parfum est devenu l’achat d’une marchandise quelconque. Même si j’aime choisir librement, je ne suis pas contre une belle conversation autour du plaisir olfactif.

    1. Il est vrai que pour quelques molécules (comme l’hédione, la calone ou la coumarine…), les marques ont commencé à modifier leur communication avec le client / la presse. Tant mieux.
      Ce qui est amusant, c’est que certaines molécules olfactives sont quelquefois revendiquées pour donner une image ‘avant-gardiste’, mystérieuse, voire futuriste (exemples : karanal, ambrox…). Pour le client, ce sera en quelque sorte ‘l’ingrédient magique’ ou inédit du parfum… Comme quoi on peut finalement aussi faire rêver le consommateur avec la synthèse organique.

  2. Aux Etats-Unis, les Sephora poussent comme des champignons et il y a plus de points de vente à New-York qu’a Paris. Par contre ils ont abandonné la présentation des parfums avec les annotations de notes olfactives depuis quelques années déjà. J’en déduit que ça n’intéressait pas leur clientèle. Il faut savoir qu’aux USA, Sephora c’est le haut de gamme du marché grand public. Les vendeurs de Sephora sont absents des rayons parfums, on ne rencontre que des maquilleurs dans les boutiques. Personne ne peut vous renseigner sur un parfum vendu, chez Sephora.
    Les vendeurs Guerlain et Chanel des grands magasins (Saks, etc.) ne sont pas meilleurs. Tout est basé sur le marketing de la séduction.
    Il faut reconnaître, cependant, que les experts ne sont pas toujours d’accord sur l’interprétation des notes et des accords de parfum. Les gardénias qui ne sont pas de vrais gardénias pour Luca Turin, le sont pour d’autres. La vérité absolue n’existe pas en parfum.

    1. Il est vrai qu’aux Etats-Unis, la vente de parfums et surtout le discours autour de la vente est très peu développé. Mais ceci pour répondre à un marché et non pas par manque d’intérêt.
      Le marché américain n’est pas très demandeur par rapport au marché européen. C’est dans notre culture de parler des histoires et des notes.
      Idem pour le marché asiatique, le conseil parfum n’est pas du tout primordial.

  3. Bonjour Nicolas,
    Très intéressant ton constat. Je suis d’accord avec toi sur un point. Quand on parle parfum et que l’on décrit une odeur, tout est possible, tout fait signe. J’ai toujours du mal avec le jargon parfois intolérant dans notre métier, qui ne laisse pas la place à la sensation, au plaisir de la découverte, et à l’envie simple de communiquer. Finalement le consommateur a souvent le sentiment qu’il ne peut pas s’exprimer, par crainte de commettre une erreur, un crime de lèse parfum! Comme quand on n’ose pas commenter l’oeuvre d’un peintre parce qu’on craint de ne pas connaître le vocabulaire approprié…

  4. Il est vraiment dommage que l’acte d’achat d’un parfum soit autant banalisé.
    De plus, je pense qu il vaut mieux avoir déjà fait son choix avant d’acheter un parfum, car la conseillère que l’on va déranger va vous orienter automatiquement vers les parfums les plus chers ou va tenter d’associer cet achat avec un autre…
    Pour ma part, je vais sentir les parfums dans plusieurs parfumeries, et l’acheter dans celle dans laquelle j’ai ma carte de fidélité.
    Laurence, 1000parfums.ch

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