Loin du stress et du tumulte des grandes métropoles, la parfumeuse Sandrine Videault vit et travaille à Nouméa. Dans son jardin au milieu du Pacifique, elle imagine des projets parfumés originaux, aussi bien pour des marques, que pour des lieux ou des événements. Mais travailler loin, à distance de ses clients n’est nullement un souci confie la créatrice. Car pour elle, que l’on soit à Paris, à New York ou ailleurs, la créativité est aussi faite de sincérité et de passion…
N.O. : Sandrine Videault, quelle a été votre première rencontre avec le parfum ? Le tout premier parfum que vous ayez porté ?
S.V. : Ma première rencontre avec le parfum est Eau Fraîche de Dior, que portait ma tante quand j’avais trois ans. Le tout premier parfum que j’ai porté était un chèvrefeuille. Je ne me souviens cependant plus de la marque.
N.O. : Vous êtes une des rares parfumeuses à travailler en Océanie. Loin de Paris ou de New York, quels avantages y trouvez-vous comme créatrice ?
S.V. : J’ai mon laboratoire de création à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. De là-bas, je travaille avec l’Europe, la Suisse, l’Australie, l’Asie, etc. Avoir son lieu de création près de Dame Nature, là où j’ai grandi, est un cadeau de parfumeur que je m’offre. Les avantages sont nombreux : pas de pression inutile, du recul, des sources d’inspirations culturelles… Mais aussi un jardin endémique et une qualité de vie qui permet plus de sérénité. Par ailleurs, j’ai un rythme et un entourage qui s’harmonisent bien avec le métier de compositeur.

Sandrine Videault vit et travaille en Mélanésie
N.O. : La distance n’est-elle pas difficile à gérer quelquefois, notamment avec vos clients ?
S.V. : La distance n’est pas un problème grâce à tous les moyens de communication et de transport dont nous disposons aujourd’hui. Les 24 heures de vol qui me séparent de Paris, je les pratique depuis toute petite et cela me fait le même effet que de prendre le train. Et puis, Sydney n’est qu’à deux heures de vol. Cette organisation aurait été encore impossible il y a dix ans, alors pourquoi ne pas en profiter aujourd’hui tant que c’est possible ? A cela, j’avoue que j’apprécie énormément la confiance que m’accordent les personnes pour qui et avec qui je travaille. D’ailleurs, pour certains projets travaillés, je n’ai vu personne : tout s’est fait simplement par email, La Poste, téléphone et Skype.
N.O. : Sur quels types de projets olfactifs travaillez-vous ?
S.V. : Je travaille tant sur des créations de marques (parfums à porter, parfums d’ambiance, bijoux parfumés) que sur des décorations, des illustrations et des installations olfactives. Je viens de finir la décoration olfactive d’un hôtel cinq étoiles à Zanzibar. Je travaille actuellement sur une installation olfactive pour 2011 et sur une mission d’excursions botaniques.

Reconstitution du kyphi en collaboration avec L'Oréal et le Centre des Restaurations des Musées de France. Le parfum du kyphi créé par Sandrine Videault est exposé au Musée du Caire.
N.O. : Vous avez beaucoup travaillé pour des expositions ou des musées. Au-delà de l’aspect artistique ou historique que peut avoir son travail, pensez-vous que le parfumeur peut aussi avoir un rôle pédagogique ?
S.V. : Lorsque je réalise une installation olfactive sur le Cantique des Cantiques, le rôle pédagogique est induit. Idem lorsque je reconstitue un parfum historique comme le kyphi. Donc, oui. En revanche, lorsque je réalise des lâchers d’énormes bulles de savons parfumées à la Soirée de la FIAC, l’aspect ludique l’emporte sur le pédagogique.
N.O. : Parlez-nous de vos récentes créations, notamment de Manoumalia pour LesNez, une création qui vous touche tout particulièrement ?
S.V. : Manoumalia me touche peut-être plus parce que c’est un parfum que j’ai fait entourée d’une communauté avec laquelle j’ai grandi, les Wallisiens.

Entouré de bois et de notes suaves presque lactées, le fagraea, ou ‘fleur de bois tabou’ est la note clé du parfum Manoumalia. ‘Ne pas travailler cette fleur pour Manoumalia aurait été une erreur de ma part tellement elle est ancrée dans la culture wallisienne’ explique Sandrine Videault.
N.O. : Que pensez-vous de la vision olfactive qu’ont les marques (de luxe, ou de GMS) des îles de Polynésie et de Mélanésie ? Est-ce toujours de l’ordre du cliché ou y a-t-il tout de même de jolies notes, parfois peut-être hors sujet ? Ou est-ce que les industriels ne créent pas finalement ce que la consommatrice attend en matière de dépaysement olfactif ?
S.V. : De ce que j’ai senti sur le marché, il y a un peu de tout. Du faux, du cliché en veux-tu en voilà. Et puis il y a également du bon, du vrai… Voire parfois du trop vrai : du copier-coller que nous, nous fuyons ici, tellement nous en sommes blasés. D’ailleurs, j’en profite pour dire que ce n’est pas parce que mon laboratoire de création est en Océanie, que je passe mon temps à faire des tiarés, des frangipaniers ou des accords monoï ! A cela, je rajouterais que l’une des matières premières naturelles essentielles des Polynésiens est le vétiver.
N.O. : Y a-t-il des matières premières qui vous fascinent, d’autres qui vous résistent aussi peut-être ?
S.V. : Les résines me fascinent. Quant aux matières qui me résistent, je citerais l’essence de gingembre ou les aldéhydes. Mais j’essaie d’être aussi imprévisible avec elles… qu’elles le sont avec moi.

installation olfactive imaginée par Sandrine Videault pour une exposition à Nouméa
N.O. : Quel regard portez-vous sur les lancements récents ? Y a-t-il des parfums pour lesquels vous avez eu un coup de cœur ?
S.V. : En fait, j’ai plutôt des coups de cœur pour des compositeurs ou des compositrices de parfums. J’aime, voire j’admire l’écriture, le style, la signature, la touche de certains parfumeurs. Quant aux lancements récents, j’avoue que je suis dépassée par leur nombre.
N.O. : Un projet fou pour demain ?
S.V. : Sans doute trop fou pour le dévoiler…
N.O. : Quel est votre luxe à vous ?
Mon luxe à moi : vivre de ma passion.
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Ravie de retrouver ici la voix et le visage de Sandrine Videault, dont j’attends beaucoup de belles choses… avec une impatience de Parisienne !
Manoumalia est l’une des créations récentes qui m’ont le plus touchées… Il mérite toute la reconnaissance qu’on peut lui accorder.
Denyse Beaulieu, Grain de Musc
J’emboîte le pas de Denyse pour dire tout le bien que je pense de Manoumalia. Moi qui aime les tubéreuses, retrouver ce thème de fleurs blanches avec une fleur locale dans un parfum si beau, si fini, si belle parfumerie française, me remplit de joie et de reconnaissance pour Sandrine Videault.
Bien sûr, j’aimerais découvrir d’autres créations de ‘l’Insaisissable’, ainsi que la décrit Luca Turin… mais je patiente tranquillement.
Rebecca Veuillet-Gallot, le Guide du Parfum